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Fabienne Pehuet

Senior Consultante Nucléaire FRENGER INTERNATIONAL

Le Royaume-Uni offre des opportunités de croissance externe très prometteuses pour l’avenir aux acteurs français du nucléaire

L’attribution du contrat d’Hinkley Point en octobre 2016 à EDF a relancé la dynamique de développement de la filière au Royaume-Uni. Pour se donner toutes les chances de remporter de prochains marchés face à des concurrents internationaux très actifs, il est indispensable que les acteurs français, notamment les équipementiers de rang 2 et 3 et les sociétés de services, s’implantent outre-Manche en se fixant comme ligne d’horizon, les 12 à 18 prochains mois.

Tous les secteurs économiques ne sont pas impactés de la même façon par le vote du Brexit. Le nucléaire britannique figure parmi ceux qui sont et resteront attractifs pour les acteurs étrangers, Européens en tête, du fait des nombreuses opportunités qu’il offre. Si les grands groupes français l’ont bien perçu et ont commencé à soit nouer des partenariats avec des acteurs locaux, soit racheter des entreprises britanniques, de nombreux équipementiers de rang 2 et 3 ne se sont pas encore mobilisés. Pourtant, ils ont beaucoup à y gagner.

La politique énergétique britannique modifiée en 2006, précisée en 2008 par l’Energy Act et amendée jusqu’en 2016, prévoit entre autres un volet nucléaire conséquent, 16 GWe de nouvelles capacités de production qui devraient être construits d’içi 2030, et des réacteurs de nouvelle génération dont les EPR. L’accord donné à EDF pour le premier projet à Hinkley Point en octobre dernier par Theresa May marque une étape-clé : non seulement elle valide la conduite en Grande-Bretagne du plus gros marché nucléaire d’Europe ; mais surtout elle impulse véritablement une dynamique de développement forte des activités nucléaires autour du renouvellement du parc britannique et de la gestion du cycle du combustible.
Le parc nucléaire britannique est le 2ème plus grand parc d’Europe après celui de la France. Actuellement 15 réacteurs sont en service. D’autres constructions de centrales sont prévues – EPR, AP1000, ABWR, Hualong One – ouvrant des perspectives de croissance de l’ordre de 8 milliards d’euros par an ; Hinkley Point est en effet le premier projet d’un programme de 16 GWe à construire avant 2030. En parallèle, seront menés des projets visant à prolonger la durée opérationnelle des réacteurs en service (7 réacteurs AGR et Sizewell) et des projets de démantèlement (dont les Magnox construits entre 1956 et 1971). Enfin les activités du cycle du combustible, ayant trait à la fabrication du combustible (en particulier le MOX pour lequel une nouvelle usine est envisagée), au recyclage, à la gestion des déchets radioactifs et non radioactifs, aux services et à l’ingénierie sont appelées à fortement croître, notamment en lien avec le site de Sellafield.

Un marché qui devient donc très attractif pour l’ensemble des acteurs internationaux. Car pour réussir tous ces chantiers, la Grande-Bretagne a besoin d’étoffer ses compétences. Si les Russes, les Chinois, les Japonais et les Coréens ont pris la mesure de ce potentiel et commencent déjà à être très actifs outre-Manche à l’image de CGN sur les marchés de nouveaux réacteurs, il est temps que les Français, a fortiori les équipementiers de rang 2 et 3, renforcent leurs positions sur la durée.

L’industrie française du nucléaire affiche en effet de nombreux atouts pour le Royaume-Uni : un savoir-faire très riche et complet, une expertise technique internationalement reconnue, un historique très fort dans le secteur, une maîtrise de toute la chaîne du nucléaire (ingénierie, équipementiers, exploitants, fournisseurs d’électricité) ou encore une densité d’acteurs qui couvrent tous les métiers et les spécificités techniques et réglementaires propres au nucléaire. Pour l’heure, nombre d’entre eux déjà présents à l’international, notamment en Chine, ne ressentent pas forcément l’urgence à se positionner comme partenaire de long terme de l’industrie britannique. Toutefois, les allocations de marchés britanniques se joueront dans les 12 à 18 prochains mois et il est donc critique de se positionner dès aujourd’hui pour qu’ils ne leur échappent pas demain.

A noter que, pour tirer parti des opportunités qui s’ouvriront, un élément doit absolument être pris en compte : même si en Europe, aucun Small Business Act n’a été adopté et ne peut l’être pour des raisons règlementaires, les Britanniques donneront la préférence à des acteurs implantés dans leur pays afin de se doter le plus rapidement possible d’une supply chain locale. Rappelons à ce titre que le projet remporté par EDF a été signé par la filiale qu’il a créée suite au rachat en 2009[1] de British Energy, qui elle, est une société de droit anglais. Les équipementiers français ne pourront donc pas se contenter d’une démarche d’export de leurs produits ou services, ils auront besoin d’être présent au Royaume-Uni.

Plusieurs options s’offrent à eux : ouvrir une filiale ou racheter un acteur local. Eu égard à l’implication et au temps requis pour une ouverture de filiale, à mener ce projet en sus d’une activité déjà soutenue en France, les opérations de croissance externe s’avèrent pertinentes pour beaucoup d’entreprises positionnées sur la chaîne d’approvisionnement du nucléaire.  Leur réussite dépendra néanmoins des moyens mis en œuvre pour détecter les bonnes cibles, ainsi que de la compréhension des pratiques culturelles locales comme des us et coutumes en matière de fusions-acquisitions souvent gérés par des interlocuteurs très avertis en la matière.

En termes de recherche de cibles notamment, il peut être pertinent d’identifier des acteurs britanniques non encore positionnés sur le marché nucléaire mais dont le métier pourrait être décliné pour cette industrie en capitalisant sur le savoir-faire nucléaire français – par exemple, en matière de logistique pour les combustibles comme pour les autres pièces, de radioprotection, de mesure, de services d’ingénierie, de gestion des déchets radioactifs, de fabrication de pièces (ainsi que prévu avec RollsRoyce dès le chantier d’Hinkley Point par exemple), etc.

Les acteurs français positionnés sur le secteur du nucléaire ont donc une vraie carte à jouer au Royaume-Uni très prometteuse pour l’avenir du fait des ambitions britanniques autour de cette énergie. La condition pour que ce projet génère à terme un fort ROI est de se placer dès maintenant sur le marché en tenant compte des principes qui guideront l’attribution des projets (i.e. avant tout être implanté au Royaume-Uni) et de la diversité des compétences dont les Britanniques auront besoin pour couvrir tous les sujets à traiter aussi bien au niveau des centrales nucléaires (construction, gestion et maintenance des installations, démantèlement) que de la gestion du combustible au cours des prochaines années.

[1] Closing janvier 2009 pour 12,5 Bill £

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